C'est une petite - voire très petite - minorité que celle des familles à qui on arrache sans nécessité avérée le corps d’un être aimé pour lui faire subir une autopsie qui n’aurait pas lieu d’être. Mais minorité ou pas, il s’agit de citoyens sans reproche, et le seul fait que l’un des leurs ait la malchance de mourir dans un espace public ne saurait justifier qu’on leur inflige, sans nécessité, par simple commodité, sans prendre aucune précaution pour l’éviter, un dommage irréversible, irréparable et contraire à un principe fondamental de la loi (Le corps humain est inviolable même après la mort).
Qui plus est, c’est une minorité silencieuse (à quelques infructueuses tentatives près pour faire annuler cette « ignominie », ainsi que l’écrit un romancier). Il est certes très confortable pour les agents des services publics de se reposer sur ce silence, mais il serait bien plus honnête de s’en demander les raisons, et elles sont faciles à comprendre. Comment ne pas se rendre compte que, dans un moment aussi douloureux que la mort soudaine d’une personne chère, les proches n’ont le plus souvent ni l’énergie ni la présence d’esprit ni parfois les connaissances ou les capacités nécessaires pour s’opposer aux péremptoires « C’est la loi ! C’est la procédure ! » que leur assènent sans vergogne gendarmes, médecins ou magistrats ? Ensuite ils se disent que le mal est irréparable - ce qui est vrai -, qu’engager des poursuite coûtera du temps, de l’argent, des efforts sans garantie de réussite - ce qui est également vrai -, après quoi les uns tâchent de se consoler tant bien que mal ou de faire semblant, d’autres se résignent ou meurent, bref se « laissent avoir » à l’usure sans qu’il reste la moindre trace de la souffrance qu’on leur a infligée, ni aucune jurisprudence utile à ceux à qui on ne manquera pas d’en infliger automatiquement et routinièrement une semblable, sous le prétexte spécieux que personne n’a jamais protesté. (Comment douter de l’automatisme quand on lit dans le PV de l’OPJ que celui-ci a réquisitionné les pompes funèbres (à 11h25) avant même d’informer (à 11h30) la substitute du malaise suivi de mort subite, en fonctionnaire certain d’avance de la décision du parquet parce qu’il a déjà vu cet automatisme à l’œuvre ?).