Un des vôtres, parti faire des courses avec tous ses papiers sur lui, a la malchance de succomber brusquement à une crise cardiaque dans un lieu public, à 7 km de chez vous.
Que croyez-vous qu'il arrive?
Les témoins appellent pompiers, Samu, gendarmerie.
Le médecin du Samu,malgré ses tentatives de réanimation, ne peut que constater la mort. Il dresse donc un certificat de décès et il s'empresse de cocher la case"obstacle médico -légal" sans essayer de vous joindre pour s'informer d'éventuels antécédents médicaux alors que votre numéro de téléphone figure dans les papiers du mort.
Or la liste des cas qui justifient de "cocher la case" et qui figure au dos du certificat de décès (dos qu'on ne vous montrera pas) n'a aucune valeur légale; elle ne figure telle quelle dans aucun texte de loi, elle résulte d'un amalgame (opéré par quel scribouillard?) entre les indications de la loi et des "recommandations" de la Commission européenne et de l'ordre des médecins. Or, pour autant que l'on sache, des "recommandations" n'ont pas qualité de lois et leur pertinence doit s'apprécier au cas par cas.
Il n'empêche: le médecin du Samu ayant coché la case, tout sentiment d'humanité est bafoué, et le corps de votre proche est d'office emporté à l'institut médico-légal.
Et pourquoi le médecin du Samu a-t-il d'office "coché la case"? Parce que, selon un ponte du service de médecine légale du CHU local, "il est prudent (!!!) de faire état d'un obstacle médico-légal [....] en cas de mort subite (mort naturelle, brutale survenant contre toute attente chez un sujet en bon état de santé apparent)."
"Prudent" pour qui? Évidemment pour le médecin, qui se met ainsi à couvert de tout reproche susceptible de lui causer des ennuis avec la justice.
Et peu importe à ces pontes qu'il soit inhumain d'imposer une telle situation à ceux qui aiment le défunt.
Et peu leur importe qu'il soit extrêmement simple (domicile à 7 km, dans un village où le maire connaît tous ses administrés) de se renseigner d'abord sur la situation familiale du mort - lequel au surplus est largement septuagénaire, comme en attestent les papiers qu'il a sur lui.
On alerte - trois quart d’heure après et seulement après avoir organisé le transport à la morgue - le procureur, lequel décide illico d'une autopsie, et lorsqu’on téléphone pour demander l'annulation de cet ignoble et inutile charcutage, puis au moins le droit de voir l'être cher, ignorant tout sentiment d'humanité, il n'oppose que des refus sans même daigner les justifier. "C'est la loi", tel est son refrain, ou "C'est la procédure".
Ce n'est pas la loi.
Le procureur peut demander qu'on recherche les causes de la mort, dit la loi; elle ne dit pas qu'il doive le faire. Et dans ce cas, d'ailleurs, les causes de la mort sont connues (arrêt cardiaque attesté par absence d'écho au défibrillateur): il est donc inutile de les rechercher.
Quant à la "procédure" - sa majesté, sa sainteté la procédure -, elle ressemble surtout à une routine confortable pour l'administration et totalement indifférente à la douleur des gens.